Valeurs communes, réconciliation, prévention des conflits sont plus que jamais indispensables

Deux des événements qui ont marqué l’actualité de ce début novembre sont plus que des mondanités ou des cérémonies. Ce sont des messages, que courageusement, des hommes (et femmes) d’Etat ont décidé de nous lancer.

Vendredi 6 novembre, la fondation Chirac a remis son premier prix pour la prévention des conflits à l'imam Muhammad Ashafa et au pasteur James Wuye, anciens miliciens religieux du Nigéria devenus d'inlassables acteurs de la réconciliation des cœurs et des esprits. Pourquoi cette initiative de l’ancien président français ? Parce que, selon l’intéressé lui-même, « la prévention des conflits est plus que jamais indispensable dans un monde où les guerres, les tensions intercommunautaires violentes augmentent et où des processus de paix s'avèrent soit inachevés, soit fragiles. (...) Le Prix de la Fondation Chirac pour la prévention des conflits a pour but d'améliorer la notoriété et de soutenir ceux qui investissent une partie de leur vie et de leurs ressources à prévenir les conflits. »

Mercredi 11 novembre, autre scène inédite : le président français et la chancelière allemande commémoraient ensemble l'armistice de la guerre de 1914-1918, au pied de l'Arc de Triomphe, devant la tombe du soldat inconnu, à Paris.

Angela Merkel y a mis l'accent sur le rôle de la réconciliation : « Nous sommes ici réunis en toute conscience de l'histoire qui nous lie, Français et Allemands, depuis des siècles, aux périodes heureuses comme aux périodes les plus sombres. Nous n'oublierons jamais à quel point les Français ont dû souffrir à cause des Allemands durant la première moitié du XXe siècle. Se confronter sans ménagement à sa propre histoire, c'est, j'en suis convaincue, la seule façon qui puisse nous permettre de tirer des leçons de l'Histoire et de façonner l'avenir. En même temps, je le sais : ce qui a été fait ne peut être défait. Il existe cependant une force qui peut nous aider à supporter les événements qui ont eu lieu : c'est la force de la réconciliation. D'elle peut naître la confiance, et même l'amitié. La force de la réconciliation nous permet de relever ensemble de nouveaux défis et de prendre ensemble nos responsabilités. L'Allemagne sait ce que signifie la force de la réconciliation. Car nous autres Allemands en avons fait l'expérience après l'abîme des deux guerres du siècle dernier. La France a tendu à l'Allemagne la main de la réconciliation. L'Allemagne ne l'oubliera jamais. L'Allemagne a accepté cette main tendue avec gratitude. La réconciliation a pu libérer sa force, grâce à la stature et à la clairvoyance d'hommes d'Etat tels que Briand, Stresemann et de Gaulle, Adenauer, Monnet et Robert Schuman. La réconciliation a pu libérer toute sa force, parce que les hommes et les femmes de nos deux pays ont acquis une ferme conviction : celle que les Français et les Allemands n'auront plus jamais le droit de se forger une image artificielle d'ennemis. Français et Allemands ne doivent plus jamais se faire de mal. Car une confrontation ne connaît que des perdants. Mais une coopération ne connaît que des vainqueurs. »

Nicolas Sarkozy l’avait accueillie en parlant lui aussi du rapport entre le passé et l’avenir : « En ce 11 novembre nous ne commémorons pas la victoire d’un peuple contre un autre mais une épreuve qui fut aussi terrible pour l’un comme pour l’autre. Je veux dire que les orphelins allemands ont pleuré leurs pères morts au combat de la même manière que les orphelins français. Je veux dire que les mères allemandes ont éprouvé la même douleur que les mères françaises devant le cercueil de leurs fils tombés au champ d’honneur. (...) C’est en songeant à tous ceux-là que nos deux peuples après s’être tant combattus et avoir tant souffert ont compris que pour en finir avec le malheur, ils devaient se tendre la main. L’amitié franco-allemande est scellée par le souvenir du sang allemand et du sang français mêlés pour l’éternité à la terre de Verdun, du Chemin des Dames, ou des rives de la Meuse. Et quand on va, à Douaumont, du cimetière français au cimetière allemand, dans le lourd silence de ces lieux où dorment tant de morts, on parcourt dans sa tête le chemin qui mène de la guerre à la Paix. Cette paix nous n’avons pas su la faire en 1918, non seulement parce que les vainqueurs manquèrent de générosité mais aussi parce qu’ils refusèrent de voir le destin tragique qui les liait aux vaincus et que l’indicible horreur de la guerre venait de révéler. Alors cette paix nous la construisons depuis le jour où nos deux peuples ont décidé ensemble de faire l’Europe. Alors, et alors seulement, ils mirent un terme à l’engrenage fatal de la guerre civile européenne, fidèles enfin aux valeurs de civilisation qu’ils ont en partage et qui ont fait dans l’Histoire la grandeur de l’Allemagne et la grandeur de la France. (...) Nous partageons les mêmes valeurs, la même ambition pour l’Europe, la même monnaie. Dès lors il est naturel que s’organise l’association de plus en plus étroite de nos politiques allemandes et françaises. L’amitié de l’Allemagne et de la France est un trésor. Nous devons à nos parents qui ont tant souffert de la confrontation entre nos deux pays, comme nous le devons à nos enfants, de tout faire pour préserver et faire fructifier ce trésor. Nous le devons aussi aux peuples d’Europe. Nous le devons à tous les peuples du monde. »

Valeurs communes, réconciliation, prévention des conflits, que de belles illustrations de la pertinence de l’action menée patiemment depuis des années par Initiatives et Changement ?

Une action qui, comme le souligne la Fondation Chirac, n’est ni reconnue par le Prix Nobel, ni par d’autres récompenses au niveau international, ce qui n’empêche pas les nombreuses personnes qui œuvrent pour le dialogue et la prévention des conflits de prendre de nombreux risques personnels. Une action plus nécessaire que jamais qui demande à être prolongée et à se développer avec le soutien de nombreux donateurs et bénévoles. Une action où chacun – et pourquoi pas vous - peut trouver sa place, répondant ainsi à l’appel de nos dirigeants.

Antoine Jaulmes

 

Antoine Jaulmes est ingénieur chez PSA Peugeot Citroën depuis 1983, où il a tenu diverses fonctions en production et en projet. Il est actuellement membre du Conseil d'Administration d'Initiatives et Changement France, de la Fondation suisse Caux-Initiatives et Changement et du Comité executif de l'Association internationale Initiatives et Changement. Il est directeur de la publication du magazine Changer International.

N.B : Des individus de toutes cultures, nationalités, religions et croyances sont impliqués et actifs avec Initiatives et Changement. Ce texte représente le point de vue de l’auteur, pas nécessairement de toute l’organisation Initiatives et Changement.