Se souvenir de 1989 – le facteur confiance

Nous assistons ces temps-ci au 20ème anniversaire de « l’automne des nations », quand les régimes communistes à travers l’Europe centrale et de l’est se sont effondrés les uns après les autres grâce à la mobilisation populaire.

De Pologne, au mois de juin où les premières élections pluripartites ont chassé le parti communiste, en passant par la « révolution de velours » en novembre en Tchécoslovaquie jusqu’à la révolution sanglante en Roumanie qui culmina par l’arrestation et l’exécution du président Ceausescu le 25 décembre, un mouvement pour le changement se développa, que rien ne put arrêter, nourri qu’il était de décennies de frustration face à l’inefficacité économique, le copinage corrompu et le manque de liberté.

Mais au-delà de la frustration, il y eut le message d’espoir, exprimé par le Pape polonais Jean-Paul II, d’un monde différent, ancré dans les traditions chrétiennes et humanistes de l’Europe. Il parlait d’une société marquée par la dignité humaine, où la solidarité avec son prochain serait une réalité et pas un slogan ; une société qui prônerait l’honnêteté et qui récompenserait le mérite.

En réfléchissant « aux résultats », deux décennies plus tard, il faut reconnaître que bien des espoirs et attentes des deux côtés du rideau de fer étaient irréalistes. La démocratie libérale, semble-t-il, dépend grandement du capital social de confiance.

Le philosophe politique Francis Fukuyama le décrit ainsi : « La confiance naît dans une communauté où les membres ont un comportement honnête et solidaire, basé sur des normes partagées. Ces normes peuvent concerner des valeurs profondes, comme la nature de Dieu ou la justice, mais aussi être séculaires comme des critères professionnels et des codes de conduite. »

Ceux d’entre nous qui vivent dans des démocraties libérales trouvent normal d’avoir confiance en la police et le pouvoir judiciaire. Nous avons confiance que les employeurs payeront des salaires et que les ouvriers travailleront. Le gouvernement a confiance que nous payerons nos impôts et en retour nous avons confiance qu’il nous fournira des services. Les cas de corruption dans le gouvernement et l’avidité qui a conduit à la récente crise financière mondiale représentent un abus de confiance et devraient nous encourager à élever nos critères d’intégrité.

L’héritage le plus dommageable du communisme est l’effondrement systématique de la confiance. En Allemagne de l’Est, par exemple, jusqu’à un citoyen sur sept espionnait au profit des forces de sécurité. On encourageait les enfants à dénoncer leurs parents. La politisation dans tous les domaines de la vie quotidienne avait pour effet que tout, du rapport d’un journal à un compte-rendu scientifique, dépendait de la volonté capricieuse des gens au pouvoir. Les historiens soviétiques se lamentaient que « le passé change tout le temps, il n’y a que l’avenir qui soit certain ».

Reconstruire le tissu en lambeaux de la société a été comparé à la tentative de mettre de la soupe de poissons dans un aquarium. Mais cet effort de reconstruction continue, aidé par la société civile et des programmes tels que Fondations pour la liberté, d’Initiatives et Changement. Bien qu’il y ait encore du chemin à parcourir, la vitesse remarquable avec laquelle la confiance est rétablie est un hommage à la vision morale et spirituelle de tous ceux qui ont lutté pour le changement, y-compris Lech Walesa et Vaclav Havel qui devinrent présidents de leur pays respectif.

La démolition du mur de Berlin et du reste du rideau de fer a vu aussi débuter la fin de la méfiance née de la guerre froide entre l’Europe de l’Ouest et de l’Est. Ainsi est apparue la possibilité de guérir certaines blessures issues de la deuxième guerre mondiale. On en trouve un exemple dans l’histoire du Dresden Trust (Fondation de Dresde), racontée pour la première fois dans le magazine d'Initiatives et Changement For A Change.

 

 >>> Pour plus d'informations sur le Dresden Trust

 

Traduction : Eliane Stallybrass