Rob Lancaster
L’importance de l’Indonésie ne se discute pas. Le rôle que peut jouer ce très grand pays influera nécessairement la dynamique des affaires du monde. Pour moi, Australien, la présence de l’Indonésie est immédiatement ressentie, ne serait-ce qu’en raison de la problématique vexante et exploitée politiquement des « boat people », mais distante aussi : que savons-nous, en effet, de ce proche voisin ?
L’aspect des relations internationales, il faut l’avouer, me concerne moins que les réalités quotidiennes qui m’ont frappé pendant ce court séjour.
Sincérité et authenticité sont les deux mots qui ressortent des événements vécus ici. Je pense notamment aux témoignages entendus de la part des jeunes Indonésiens. Il est rare de rencontrer des gens qui parlent avec autant de conviction et d’humilité de leurs propres manquements et de ce qu’ils en tirent comme leçon. On se montre en effet réticent, en général, à se montrer tels que nous sommes, vulnérables, face aux autres. On aime prétendre que la vie est belle et que nous sommes bien dans notre peau, indépendants. De belles âmes, quoi ! Mais un étudiant à l’université islamique de Djakarta a demandé à Rajmohan Gandhi comment, au milieu de toutes les souffrances qui jalonnent l’expérience de la vie, on peut garder l’espoir. Gandhi a répondu ceci : c’est précisément ces expériences douloureuses, qui touchent au plus profond de notre humanité, qui nous permettent d’apporter un baume aux autres si nous sommes prêts à nous ouvrir sur nous-mêmes.
Voilà une proposition intéressante – qui sans doute serait contestée dans les milieux où le partage des expériences personnelles apparaît comme injustifié, presque inconvenant ! C’est sans doute la façon de voir de beaucoup d’intellectuels en Australie, mais sans doute aussi en Europe occidentale, où ce qui est privé doit rester privé. Je ne me fais pas le chantre de l’épanchement irréfléchi, mais je pense que dans nos sociétés nous avons relégué à l’arrière-plan l’espace naturel des bouillonnements de l’âme humaine ; je ne parle pas du débat intellectuel ou philosophique, mais de la simple approche des questions qui nous préoccupent tous individuellement.
Lors d’une réunion à l’université islamique, deux étudiants se sont précisément ouverts, face à un auditorium comble, sur leurs conflits familiaux. De tels propos ne pouvaient-ils pas être considérés comme imprudents, mais n’est-ce pas plus intéressant que les banalités qui font le quotidien de nos conversations ? Nous nous sentions là au cœur des réalités humaines. Et ils nous aidaient à imaginer comment aller au-delà du conflit. Ce qu’ont dit ces deux étudiants n’était ni compliqué, ni choquant. Mais ils étaient très impressionnants par la nature directe et franche de leur témoignage, par le courage avec lequel ils ont abordé les conflits en question, par leur détermination à les surmonter.
Une conviction faite d’humilité, de simplicité et d’authenticité qui a captivé l’auditoire et laissait imaginer la qualité de leadership que recèle l’Indonésie.
N.B : Des individus de toutes cultures, nationalités, religions et croyances sont impliqués et actifs avec Initiatives et Changement. Ce texte représente le point de vue de l’auteur, pas nécessairement de toute l’organisation Initiatives et Changement.