Nous avons tous une responsabilité à exercer pour bâtir un pays prospère sous le nouveau gouvernement.

Michael SmithMichael Smith

Le Royaume-Uni a un nouveau gouvernement. C’est un moment historique. David Cameron, 43 ans, devient le plus jeune premier ministre britannique en deux cents ans ; c’est le premier véritable gouvernement de coalition entre le parti tory et les libéraux-démocrates depuis la Seconde Guerre mondiale.

 

Devant le 10, Downing Street, tout juste après sa nomination par la reine au palais de Buckingham, le nouveau premier ministre s’est adressé à la presse internationale et à la nation. Il a mis en relief trois points forts: « la reconstruction de la famille, celle du lien social et surtout, la prise de responsabilité dans notre pays ». Il a déclaré : « Je veux essayer de promouvoir une société plus responsable, ici, en Grande-Bretagne. Une société dans laquelle on ne se contente pas de demander « Quels sont mes droits ? » mais « Quelles sont mes responsabilités ? ». Une société où l’on ne demande pas « Que me doit-on ? », mais plutôt « Que puis-je donner ? ».

Ceci fait écho à la célèbre déclaration du jeune président John F Kennedy, dans son discours inaugural, le 20 janvier 1961 : « Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour votre pays. » Cela nous ramène aussi à un vieux débat qui oppose les droits de l’Homme, inscrits dans la Déclaration des Droits de l’Homme, à la responsabilité individuelle.

David Cameron a également déclaré : « Un changement véritable ne peut pas être l’affaire du seul gouvernement ; un changement véritable se produit lorsque tous se mobilisent, s’unissent et travaillent ensemble ; lorsque tous, nous exerçons notre responsabilité envers nous-mêmes, nos familles, notre communauté, et la société. »

Le nouveau gouvernement a un mandat de cinq années complètes. M. Cameron et son vice premier ministre libéral-démocrate Nick Clegg ont l’intention de légiférer pour établir des gouvernements à durée fixe de cinq ans. Les bonnes relations, la confiance et la « chimie » qui s’établira entre les deux hommes et leurs épouses, seront déterminantes pour le succès de la coalition .

Un article paru dans le Times du 6 avril sur une page entière cherchait à savoir quel genre de pays nous voulons pour 2015. Il mettait également l’accent sur la responsabilité, ainsi que la justice, la liberté et l’ambition. Mais il ne disait pratiquement rien sur le climat moral, éthique ou simplement spirituel de ce pays. Cameron et Clegg sont tous deux parfaitement conscients des défis moraux à relever: la nécessité de réformer le parlement, y compris le mode de scrutin, après le scandale, l’an dernier, des notes de frais abusives des députés. Le nouveau parlement accueille le nombre record de 232 nouveaux députés, jeunes, dont c’est le premier mandat et qui ne souffrent pas d’un passé douteux.

Les deux dirigeants ont également bien conscience qu’il faut s’attaquer au problème des dérèglements inacceptables du système bancaire, et de la culture du profit à tout prix. Il leur faudra lutter pour trouver une base éthique au capitalisme. Dans son petit ouvrage intitulé Transformer le Capitalisme ( Grove Books 2010) Peter Heslam, professeur au Trinity College de Cambridge, écrit : « Des facteurs immuables, tels que les visions traditionnelles du monde, les croyances et les valeurs peuvent avoir un impact considérable sur le développement économique ». Il souligne la nécessité du principe d’économie, au sens original d’épargne. C’est un principe au nom duquel on fait cesser le gaspillage, tout en encourageant la générosité. Le principe d’économie qui s’enracine dans les vertus cardinales de prudence et de tempérance … entraîne un comportement qui est essentiel pour les entreprises commerciales. Ce comportement contribue de façon manifeste à construire un capital social aux dimensions institutionnelles, relationnelles, morales et spirituelles, toutes nécessaires à cette ‘économie’.

Certes, nous allons tous devoir pratiquer cette économie d’épargne à un moment où le nouveau gouvernement veut supprimer six millions de livres rien que pour le budget de cette année, pour diminuer la dette publique. Et il n’est pas difficile de voir l’impact que nos vertus ou nos vices exercent véritablement sur le développement économique et sur l’économie en général. La rigueur morale et spirituelle, qu’elle provienne de notre foi religieuse ou de nos visions traditionnelles du monde, indépendamment de toute confession, intensifie la créativité, l’imagination et la productivité de notre vie économique. La perte d’une telle rigueur affaiblit notre efficacité. Par exemple, quelqu’un qui se réveille chaque matin avec la « gueule de bois » risque d’être moins efficace que lorsqu’il a les idées claires. Ceux qui doivent leur réussite au mensonge ou qui trompent leur conjoint, mettent à mal la confiance lorsqu’ils sont – inévitablement – découverts. Et les relations brisées ont un coût économique.

A son crédit, le nouveau premier ministre veut renforcer les liens de la famille. Les deux leaders veulent construire une économie écologique dans laquelle nous avons tous un rôle à jouer par notre mode de vie et notre sens de l’économie. Le nouveau premier ministre a raison de souligner que nous avons tous notre part de responsabilité dans le bien-être économique et social de la nation. Il s’agit bien d’un message qui s’adresse à tous.

 

Michael Smith est l’auteur de « Confiance et intégrité dans une économie mondialisée ». Il est coordinateur pour le Royaume-Uni des conférences de Caux pour l’Homme et l’Economie.

N.B : Des individus de toutes cultures, nationalités, religions et croyances sont impliqués et actifs avec Initiatives et Changement. Ce texte représente le point de vue de l’auteur, pas nécessairement de toute l’organisation Initiatives et Changement.